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thematiques:design-multi-sensoriel:sons-contre-maux:interventions_chsa [2018/03/14 13:39]
francoisgaulier
thematiques:design-multi-sensoriel:sons-contre-maux:interventions_chsa [2018/03/14 13:43]
francoisgaulier
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-Document ​rédigé par\\ +Compte rendu rédigé par Carine Delanoë-Vieux,​ responsable culturelle, lab-ah, GHT Paris Psychiatrie & Neurosciences\\
-Carine Delanoë-Vieux,​ responsable culturelle, lab-ah, GHT Paris Psychiatrie & Neurosciences\\+
 Marie Coirié, designer, lab-ah, GHT Paris Psychiatrie & Neurosciences\\ Marie Coirié, designer, lab-ah, GHT Paris Psychiatrie & Neurosciences\\
 Jean-Yves Masquelier, cadre supérieur du pôle 15, GHT Paris Psychiatrie & Neurosciences Jean-Yves Masquelier, cadre supérieur du pôle 15, GHT Paris Psychiatrie & Neurosciences
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 ====== Le projet ====== ====== Le projet ======
  
-Un double questionnement à l’origine de la rencontre entre les hôpitaux psychiatriques et les partenaires académiques du design sonore\\+===== Un double questionnement à l’origine de la rencontre entre les hôpitaux psychiatriques et les partenaires académiques du design sonore ​===== 
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 Sur le plan institutionnel,​ c’est le regroupement des trois grands hôpitaux publics de psychiatrie et neurosciences à Paris – Sainte-Anne,​ Maison Blanche, Perray-Vaucluse - qui est à l’origine d’une sensibilité affichée pour les conditions sensorielles d’accueil des usagers et de travail des professionnels. En effet, en se regroupant, la direction desdits hôpitaux s’est interrogée sur ce qui pouvait faire commun. Quels seraient les traits culturels qui caractériseraient,​ non pas l’addition de trois identités, mais une seule et même entité intégrative de toutes ses composantes ? Parmi les initiatives allant dans ce sens, le GHT parie sur la valeur fédératrice du thème de l’hospitalité et l’adopte comme l’un des volets de la qualité de service de l’hôpital:​ le laboratoire de l’accueil et de l’hospitalité (lab-ah) est né. A travers ce laboratoire,​ piloté par la délégation culture et design, le GHT se donne des ressources créatives et méthodologiques pour hisser les conditions d’accueil et d’hospitalité des usagers au même niveau que la qualité de prise en charge médicale et soignante.\\ Sur le plan institutionnel,​ c’est le regroupement des trois grands hôpitaux publics de psychiatrie et neurosciences à Paris – Sainte-Anne,​ Maison Blanche, Perray-Vaucluse - qui est à l’origine d’une sensibilité affichée pour les conditions sensorielles d’accueil des usagers et de travail des professionnels. En effet, en se regroupant, la direction desdits hôpitaux s’est interrogée sur ce qui pouvait faire commun. Quels seraient les traits culturels qui caractériseraient,​ non pas l’addition de trois identités, mais une seule et même entité intégrative de toutes ses composantes ? Parmi les initiatives allant dans ce sens, le GHT parie sur la valeur fédératrice du thème de l’hospitalité et l’adopte comme l’un des volets de la qualité de service de l’hôpital:​ le laboratoire de l’accueil et de l’hospitalité (lab-ah) est né. A travers ce laboratoire,​ piloté par la délégation culture et design, le GHT se donne des ressources créatives et méthodologiques pour hisser les conditions d’accueil et d’hospitalité des usagers au même niveau que la qualité de prise en charge médicale et soignante.\\
 La deuxième dimension de ce questionnement est existentielle. Force en effet est de constater que nous naissons à l’hôpital,​ nous souffrons à l’hôpital,​ nous sommes sauvés à l’hôpital,​ nous mourrons à l’hôpital,​ nous éprouvons la perte d’un être cher à l’hôpital. L’hôpital accueille les émotions les plus intenses de nos existences. Nous sommes à l’hôpital plus dramatiquement humain qu’ailleurs. Nous attendons en retour de cette vulnérabilité la plus grande délicatesse. Pour celui qui s’abime dans l’angoisse ou la souffrance, tout fait signe comme attention bienveillante ou violence inutile : un mot, la lumière, la laideur ou la beauté, la nourriture, les odeurs, le son…\\ La deuxième dimension de ce questionnement est existentielle. Force en effet est de constater que nous naissons à l’hôpital,​ nous souffrons à l’hôpital,​ nous sommes sauvés à l’hôpital,​ nous mourrons à l’hôpital,​ nous éprouvons la perte d’un être cher à l’hôpital. L’hôpital accueille les émotions les plus intenses de nos existences. Nous sommes à l’hôpital plus dramatiquement humain qu’ailleurs. Nous attendons en retour de cette vulnérabilité la plus grande délicatesse. Pour celui qui s’abime dans l’angoisse ou la souffrance, tout fait signe comme attention bienveillante ou violence inutile : un mot, la lumière, la laideur ou la beauté, la nourriture, les odeurs, le son…\\
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 ===== Le son et la musique dans la vie des patients : hypothèses de départ ===== ===== Le son et la musique dans la vie des patients : hypothèses de départ =====
  
-Les propositions à imaginer par les étudiants s’adressent aux personnes soignées dans les hôpitaux de psychiatrie et neurosciences,​ en soins aigus comme dans les structures de ville. Généralement,​ ces personnes affrontent des difficultés qui impactent lourdement leur vie ordinaire :\\ +Les propositions à imaginer par les étudiants s’adressent aux personnes soignées dans les hôpitaux de psychiatrie et neurosciences,​ en soins aigus comme dans les structures de ville. Généralement,​ ces personnes affrontent des difficultés qui impactent lourdement leur vie ordinaire : 
-des crises d’angoisse incommensurables,​\\ + 
-des troubles de la communication qui les isolent,\\ +  * des crises d’angoisse incommensurables,​ 
-une désorganisation dans le temps et dans l’espace,\\ +  ​* ​des troubles de la communication qui les isolent, 
-des distorsions émotionnelles.\\ +  ​* ​une désorganisation dans le temps et dans l’espace,​ 
-Alors, que peuvent le son et la musique pour ces patients ? Le son et/ou la musique peuvent-ils transcender les solitudes de chacun ? Comment peuvent-ils inciter chacun à s’ouvrir aux autres pour partager, pour construire des passerelles ?\\ +  ​* ​des distorsions émotionnelles. 
-Le son et/ou la musique peuvent –ils contribuer à structurer le temps et l’espace ? Comment peuvent-ils constituer des repères pour se familiariser avec l’environnement et le temps qui passe, pour se sentir rassuré ?\\ + 
-Peuvent-ils agir sur les états émotionnels ? Comment peuvent-ils permettre de se sentir mieux, d’accéder à la rêverie, de trouver la clé de ses émotions, de baisser le niveau d’angoisse ?\\+Alors, que peuvent le son et la musique pour ces patients ? Le son et/ou la musique peuvent-ils transcender les solitudes de chacun ? Comment peuvent-ils inciter chacun à s’ouvrir aux autres pour partager, pour construire des passerelles ? \\  ​\\ ​Le son et/ou la musique peuvent –ils contribuer à structurer le temps et l’espace ? Comment peuvent-ils constituer des repères pour se familiariser avec l’environnement et le temps qui passe, pour se sentir rassuré ? \\  ​\\ ​Peuvent-ils agir sur les états émotionnels ? Comment peuvent-ils permettre de se sentir mieux, d’accéder à la rêverie, de trouver la clé de ses émotions, de baisser le niveau d’angoisse ? 
 Les 8 projets proposés par les élèves adressent des propositions concrètes à ces questions. Dès lors, l’enjeux de l’expérimentation et de l’évaluation clinique et d’usage de tout ou partie des projets apparaît déterminante afin de dépasser le stade de l’hypothèse. Le groupe de travail constitué par les professionnels des services qui ont accueilli le workshop reste mobilisé à l’issue du workshop pour envisager le développement et l’expérimentation in situ de certains projets. Les 8 projets proposés par les élèves adressent des propositions concrètes à ces questions. Dès lors, l’enjeux de l’expérimentation et de l’évaluation clinique et d’usage de tout ou partie des projets apparaît déterminante afin de dépasser le stade de l’hypothèse. Le groupe de travail constitué par les professionnels des services qui ont accueilli le workshop reste mobilisé à l’issue du workshop pour envisager le développement et l’expérimentation in situ de certains projets.
  
 ===== Les étudiants de design et design sonore dans les services de psychiatrie ===== ===== Les étudiants de design et design sonore dans les services de psychiatrie =====
  
-Pour les élèves designers, le travail in situ dans un environnement complexe et spécialisé comme celui de l’hôpital psychiatrique ne va pas de soi. En effet, les étudiants doivent trouver leur place et leur légitimité en tant que designer, développer un regard critique sur l’existant et oser partager leur point de vue, se laisser inspirer par les habitants du service, par son organisation et son histoire, sans se faire « aspirer », c’est à dire en gardant leur capacité à mobiliser leurs ressources créatives et à proposer des scénarios en rupture avec l’existant.\\ +Pour les élèves designers, le travail in situ dans un environnement complexe et spécialisé comme celui de l’hôpital psychiatrique ne va pas de soi. En effet, les étudiants doivent trouver leur place et leur légitimité en tant que designer, développer un regard critique sur l’existant et oser partager leur point de vue, se laisser inspirer par les habitants du service, par son organisation et son histoire, sans se faire « aspirer », c’est à dire en gardant leur capacité à mobiliser leurs ressources créatives et à proposer des scénarios en rupture avec l’existant. \\ Les étudiants se sont bien insérés dans les différents services et ont compris assez tôt les enjeux thérapeutiques et de bien-être à travers l’utilisation du son. L’immersion dans les espaces, l’échange avec les professionnels et les patients quand cela était possible et la séance d’introduction aux pathologies psychiatrique et à leurs expressions par le docteur Vacheron ont apporté suffisamment de points d’entrée aux étudiants pour leur permettre de faire des propositions justes et audacieuses. \\ Outre leur pertinence et leurs qualités plastiques et sonores, ces propositions font état d’une compréhension intime des enjeux de fonctionnement et des enjeux symboliques de la prise en charge médicale: revendiquant un soucis d’économie de moyens et une attention à la « bourse » de l’hôpital,​ les projets sont empreints de simplicité,​ d’astuces et d’une esthétique « discrète ». Cette « discrétion » des dispositifs leur permet de rester à leur juste place et de ne pas « prendre le pas » sur la relation à l’autre. Car la relation est au cœur des problématiques de la psychiatrie : relation à soi, aux autres, au monde. En cela, les dispositifs sonores et musicaux conçus par les groupes constituent bien des appuis pour retisser la/les relations entre les patients et leur environnement.
-Les étudiants se sont bien insérés dans les différents services et ont compris assez tôt les enjeux thérapeutiques et de bien-être à travers l’utilisation du son. L’immersion dans les espaces, l’échange avec les professionnels et les patients quand cela était possible et la séance d’introduction aux pathologies psychiatrique et à leurs expressions par le docteur Vacheron ont apporté suffisamment de points d’entrée aux étudiants pour leur permettre de faire des propositions justes et audacieuses.\\ +
-Outre leur pertinence et leurs qualités plastiques et sonores, ces propositions font état d’une compréhension intime des enjeux de fonctionnement et des enjeux symboliques de la prise en charge médicale: revendiquant un soucis d’économie de moyens et une attention à la « bourse » de l’hôpital,​ les projets sont empreints de simplicité,​ d’astuces et d’une esthétique « discrète ». Cette « discrétion » des dispositifs leur permet de rester à leur juste place et de ne pas « prendre le pas » sur la relation à l’autre. Car la relation est au cœur des problématiques de la psychiatrie : relation à soi, aux autres, au monde. En cela, les dispositifs sonores et musicaux conçus par les groupes constituent bien des appuis pour retisser la/les relations entre les patients et leur environnement.+
  
 ===== Retour d’expérience d’un professionnel ===== ===== Retour d’expérience d’un professionnel =====
  
-Le design sonore comme support d’émancipation du patient dans la gestion de l’anxiété\\ +Le design sonore comme support d’émancipation du patient dans la gestion de l’anxiété \\ Jean-Yves Masquelier, cadre supérieur du Pôle XV (XVe arrondissement de Paris), livre un témoignage sur le projet « Aulos », mené à la policlinique et porté par Jeanne Laborde, Pierre Navarron, Carla Noirclerc et Juliette Colin, étudiants à l’ENSCI et à l’ESBA Le Mans. Aulos est un outil thérapeutique d’aide à la réduction de l’anxiété et de l’angoisse par la musique. Ce dispositif a été imaginé à la demande des équipes pour dépasser l’outil « Music care », expérimenté à la polyclinique. Music care est application numérique qui permet aux patients et aux soignants d'​accéder dans leur établissement de santé puis à domicile à des séances de musicothérapie pour diminuer la douleur et l’anxiété pendant les soins. \\ . \\ Le champ d’application du design sonore semble infini et nous découvrons les possibilités appliquées dans le domaine de la santé mentale. Nous avons le recul d’une expérience très limitée avec un dispositif peu interactif. L’avancée des technologies laisse entrevoir des perspectives de recherche avec une réelle interactivité qui va dans le sens de nos soins ; le patient acteur de sa prise en charge. Nous savons que la pathologie peut quotidiennement présenter des manifestations aigües d’angoisse et la mise en place d’une stratégie non médicamenteuse visant à détourner ce ressenti douloureux est une voie tout à fait prometteuse à l’image des applications visant à réduire le « Craving » dans les addictions. \\ Plusieurs conditions sont à prendre compte pour développer et utiliser un tel dispositif : \\ Usage dans des phases modérées de la maladie ou en complément d’une prescription médicamenteuse visant à réduire le niveau d’anxiété \\ Usage simple (smartphone) permettant une mise en œuvre rapide lors de l’apparition des premiers signes cliniques \\ Un dispositif personnalisé répondant aux souhaits et préférences de chaque utilisateur \\ Cette application doit pouvoir enregistrer des résultats après la mise en œuvre (Enregistrement de signes cliniques avant, pendant et après)ou auto questionnaires. \\ Un dispositif capable d’auto apprentissage c’est-à-dire pouvant s’adapter et évoluer en fonction des effets recueillis positifs, nuls ou négatifs.
-Jean-Yves Masquelier, cadre supérieur du Pôle XV (XVe arrondissement de Paris), livre un témoignage sur le projet « Aulos », mené à la policlinique et porté par Jeanne Laborde, Pierre Navarron, Carla Noirclerc et Juliette Colin, étudiants à l’ENSCI et à l’ESBA Le Mans. Aulos est un outil thérapeutique d’aide à la réduction de l’anxiété et de l’angoisse par la musique. Ce dispositif a été imaginé à la demande des équipes pour dépasser l’outil « Music care », expérimenté à la polyclinique. Music care est application numérique qui permet aux patients et aux soignants d'​accéder dans leur établissement de santé puis à domicile à des séances de musicothérapie pour diminuer la douleur et l’anxiété pendant les soins.\\ +
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-Le champ d’application du design sonore semble infini et nous découvrons les possibilités appliquées dans le domaine de la santé mentale. Nous avons le recul d’une expérience très limitée avec un dispositif peu interactif. L’avancée des technologies laisse entrevoir des perspectives de recherche avec une réelle interactivité qui va dans le sens de nos soins ; le patient acteur de sa prise en charge. Nous savons que la pathologie peut quotidiennement présenter des manifestations aigües d’angoisse et la mise en place d’une stratégie non médicamenteuse visant à détourner ce ressenti douloureux est une voie tout à fait prometteuse à l’image des applications visant à réduire le « Craving » dans les addictions.\\ +
-Plusieurs conditions sont à prendre compte pour développer et utiliser un tel dispositif :\\ +
-Usage dans des phases modérées de la maladie ou en complément d’une prescription médicamenteuse visant à réduire le niveau d’anxiété\\ +
-Usage simple (smartphone) permettant une mise en œuvre rapide lors de l’apparition des premiers signes cliniques\\ +
-Un dispositif personnalisé répondant aux souhaits et préférences de chaque utilisateur\\ +
-Cette application doit pouvoir enregistrer des résultats après la mise en œuvre (Enregistrement de signes cliniques avant, pendant et après)ou auto questionnaires.\\ +
-Un dispositif capable d’auto apprentissage c’est-à-dire pouvant s’adapter et évoluer en fonction des effets recueillis positifs, nuls ou négatifs.+
  
 Les propositions des étudiants ont ouvert de nouveaux chemins pour concevoir des dispositifs adaptés, pertinents, faisables et reproductibles pour lesquels il nous faudra collectivement mobiliser les ressources de développement et d’implémentation. Les propositions des étudiants ont ouvert de nouveaux chemins pour concevoir des dispositifs adaptés, pertinents, faisables et reproductibles pour lesquels il nous faudra collectivement mobiliser les ressources de développement et d’implémentation.